Mardi 5 janvier 2010
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L'an neuf, c'est l'an 10 ;-)
Deux mille et 10.
Meilleurs voeux pour cette nouvelle année !
Que vous souhaiter ? Ce à quoi vous aspirez profondément, bien sûr...et avant tout.
Et puis, ensuite ? je ne suis pas sûre de savoir offrir autre chose que des images ; celles-ci sont
particulières.
23 décembre, dernière de Petrouchka pour Nicolas,
dernière des Ballets Russes pour un artiste qui clôturait dignement son année, intense.
J'y suis allée, forcément, et ce que j'ai vu m'a sidérée.
Je n'ai pas vu Nicolas, j'ai vu Petrouchka, et je n'en suis pas sortie indemne. Un visage, des expressions
troublantes ou déchirantes, oui, mille fois oui... Mais jamais il ne m'avait semblé qu'un corps avait autant parlé. Corps vide de pantin désarticulé, trop meurtri et trop cabossé pour ne pas
devenir humain finalement, corps à l'étroit du prisonnier qui n'en finit pas de se battre contre des murailles - les plus dangereuses étant les moins visibles -, enfin, corps tendu à se rompre
d'un être qui tend vers (la porte, la liberté, la poupée, l'ailleurs). Un corps tellement tendu et densifié qu'il retombe plus lourdement encore, des chutes à se briser, des chocs, dans
ce corps-là, et dans l'âme de celui qui regarde. Petrouchka n'en finissait pas de tomber, et moi avec lui. C'est pourquoi j'aime tant cette fin, aérienne, on me parle de fantôme mais je vois
exactement l'inverse, là-haut, sur le toit du théâtre où trônent des diables dont curieusement personne ne parle : une incarnation, un souffle, l'élan vital. Après, Petrouchka peut bien retomber,
cassé en deux, reflet transcendé de sa dépouille de pantin, ça n'a plus d'importance. Mais je divague. Ou pas.
(...)
Des images, donc.
Ne pas tout raconter. Choisir un chemin, subjectif comme toujours, et laisser des portes ouvertes, des chemins
pour l'imaginaire, ou les souvenirs de chacun.
Des portes.
Il y a cette image là, d'ailleurs, Petrouchka luttant contre une porte fermée, ça m'achève.
Cette porte m'en a rappelé une autre. ;-)
(...)
Et puis après...
Après il y a des saluts. Comme j'aime ces instants. L'impression que l'artiste navigue en eaux troubles, il rentre
d'un voyage lointain, il s'extrait de certaines profondeurs, ou peut-être à l'inverse il s'attarde, il prolonge. Un sas ? Un passage ? Je ne sais pas... Je ne veux pas savoir. Je regarde passer,
inlassablement, toute une palette de sentiments sur les visages dans ces instants-là. Un salut ? Cç signifie rédemption, aussi. Au bord de la scène, tout au bord. A la limite. In
extremis.
Et encore après, il y a des instants délicats, presque trop proches pour une fois : pas si simple d'approcher une
créature hybride, entre Petrouchka et Nicolas. C'est pour cette raison que cette image là me plait : Il se retourne, j'en suis encore à scruter le miroir, je m'y accroche et j'y demeure, je ne
peux pas regarder la magie d'aussi près. Le flou est un voile respectueux, et juste. Une distance nécessaire. Exacte. Mea culpa.
Enfin, il y a le sourire de Nicolas, qui s'amuse quand je lui demande un auto-portrait, et s'en va tranquillement,
il s'échappe un moment en cette fin d'année, et ça aussi c'est juste. Derrière lui, du flou encore, un Faune vagabonde et s'attarde... Les Ballets Russes auront marqué 2009, l'année qui s'achève,
tandis que 2010 frémit déjà, toute proche, une promesse en devenir. Auguri...
(...)
Voilà :
1.
2.
3.
Nicolas se joint à moi pour vous souhaiter
une merveilleuse année 2010...
A très bientôt !
• • •
Nicolas Le Riche (Petrouchka), Eve Grinstajn (la Poupée), Stéphane Bullion (le Maure)
© Anne Deniau, 2009
Ce n'est pas tant que le spectacle est vivant, c'est plutôt que la vie n'est rien que spectacle.
Alors : bonne saison 2010 !
Finalement je me demande pourquoi je photographie ce danseur et quelques autres, puisque vous préférez le rideau... Je plaisante ;-) Et je comprends. En photographie less is more, sans aucun doute, et moins on montre plus on en dit...Ah ce rideau ! regardez l'autre photo, les 3 danseurs courbés, inconscients du danger, j'ai toujours peur, stupidement, à c emoment là. Le rideau tombe comme une guillotine, oui, il est brutal et tranchant, il sépare, il termine, il s'érige comme une muraille : leur monde, et le nôtre. Nous privés d'artistes, eux privés de public. Quand le rideau tombe c'est un chagrin définitif. Et curieusement, quand il se ferme par les côtés, c'ets un peu plus doux, comme un livre que l'on referme. Bon je m'épanche, comme quoi "rideau", oui, c'est un bon sujet. Comme le verre mi-vide mi-plein, finalement, vous avez raison : il faut bien que le rideau tombe pour qu'on puisse le soulever à nouveau ;-) Et oui, oui oui, la vie est un spectacle, forcément... Jeux de rôles... Jeux drôles ?
Et l'intensité du regard de Le Riche sur certaines d'entre elles... à couper le souffle!