NICOLAS LE RICHE • LE livre • THE
book

ANNE DENIAU from
Z to A
Nicolas Le Riche sous le regard d’Anne Deniau
Il est des étoiles de la danse comme des étoiles au firmament.
Quoi de plus exceptionnel que de contempler la voûte céleste un soir d’été, seul au cœur d’une nuit sans lune, d’observer ces lointaines étoiles, scintillantes, inatteignables à notre condition humaine, d’imaginer leur pérennité sans commune mesure avec notre existence, de comprendre le mécanisme de l’émission de leur lumière traversant un univers sans limite, défiant toute réalité, de ressentir l’immensité et la relativité de notre appartenance terrestre ?
Quoi de plus exceptionnel que de contempler un artiste qui dialogue avec le temps et l’espace en en modifiant limites et perceptions, qui modèle son corps pour mieux en faire un transmetteur de l’universalité, qui transcende ses limites pour mieux communier avec les êtres, et qui dans sa danse prend le nom d’Etoile car il joue lui aussi de la lumière ?
Les spécialistes de l’art de la danse, de l’art du mouvement et de l’exercice raffiné du corps, le savent d’expérience : une génération ne livre que peu d’Etoiles et parfois une Etoile devient celle d’une génération, comme une cantatrice d’exception marque son temps et son époque d’une trace inoubliable.
Nicolas Le Riche est cette Etoile. Son art ne relève pas de l’exploit mais de l’indicible, de cette science humaine subtile qui fusionne discipline et sensibilité, et dont la manifestation se traduit par l’évidence.
Evoquer cette perception de l’évidence par l’exception, la rareté, le produit d’un don, est bien trop réducteur. Il s’agit d’une alchimie secrète, portée par l’artiste, inter-agissante avec le spectateur ; alliée à une générosité et un acte d’amour, elle induit une communication d’être à être, telle une offrande partagée.
Dès lors, comment approcher cette évidence, cette perception qui ne se satisfait pas de mots, qui laisse des traces aussi durables qu’un échange fructueux, un partage harmonieux, qui prend avec fugacité un goût d’éternité ?
Par la photographie d’Anne Deniau, qui dans son art ne fait pas que porter un regard sur l’Etoile Nicolas Le Riche, mais qui participe de son temps, de son mouvement, de son rythme, de sa pulsation, du plein et du délié, du tangible et du vide, du corps et de l’espace qui l’entoure.
Anne Deniau nous offre un miroir de l’Etoile.
Il ne suffit pas d’être photographe pour traduire au plus proche, au plus fin, ce que le danseur propose, offre. Il faut avoir perçu son monde intérieur, ce qui anime l’être, ce que l’âme insuffle au corps, ce que l’esprit inspire au corps en mouvement. Il faut être d’une rare ténacité, d’une patience sereine, pour être à l’affût de l’instant, du moment juste, de l’intention juste. Il faut savoir la solitude, l’inquiétude et la plénitude. Il faut passer cinq ans à observer, côtoyer, accompagner, suivre, respecter et attendre. Pourquoi ? pour restituer, pour proposer, pour faire témoignage, pour partager.
Il faut, par ailleurs, être un adepte de la beauté : pas celle caricaturée par les formes qui lui sont trop souvent données, mais la beauté immanente, l’irradiante beauté, la secrète beauté, la beauté évidente.
Après l’accumulation de centaines d’images, puis un long travail de décantation de ces « traces » photographiques, de cet air et de cet espace modelés, Anne Deniau a conçu puis construit en complicité avec Nicolas Le Riche non pas un ouvrage mais un parcours, un voyage, une invitation délicate et intime à approcher l’art du danseur, de l’Etoile Nicolas Le Riche, tantôt Nicolas, tantôt Le Riche, tantôt l’homme, tantôt l’homme qui danse.
Que de subtilité, de force et de délicatesse dans cette succession d’images, dans leur essence même, dans leur rythme, dans leur évocation de l’homme et de l’artiste, dans ce qui est objectivement montré et dans ce qui est suggéré, dans les transitions, dans les correspondances ou miroirs délicatement proposés, dans les clins d’œil.
Comment sortir indemne de cette succession : l’œil est capté, le corps ressent passages et intentions, comme l’on parcourt un poème, l’émotion vous prend, l’admiration vient plus tard. Cette œuvre photographique est poétique car elle puise ses formes et ses sels d’argent aux sources mêmes de la création artistique : elle révèle, elle évoque et elle transmet.
Il y a de l’inconscience chez ces artistes qui ont apporté leurs talents respectifs à la construction de cette œuvre qu’est le livre qui résulte de leur démarche. Il y a une sage folie à vouloir laisser trace, sans complaisance et sans manifestation d’ego, avec pareille publication, dans une forme tout à la fois sophistiquée car extrêmement travaillée, et simple car silencieuse.
Quel superbe voyage, merci de nous embarquer.
Et poursuivez ce beau chemin, dans de nouvelles aventures artistiques, dans de nouveaux partages, dans la vie tout simplement.
Stéphane Löber
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